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Pour la Sorbonne, trois Heures de Transport chaque jour

Pour la Sorbonne, trois Heures de Transport chaque jour

Bastien, 19 ans, étudiant en licence de géographie à Sorbonne Université, a été « navetteur ». Il raconte son année universitaire faite de compromis et de vie sociale restreinte.

Bastien étudie sur le campus de Clignancourt, au nord de Paris. C’est l’un des sites de Sorbonne Université Vincent Bourdon .

« J’ai habité toute ma vie à Athis-Mons, dans l’Essonne, une ville qu’on dit cité-dortoir au sud de Paris. Après mon bac S, je me suis inscrit à la rentrée 2018 en licence de géographie à Sorbonne Université. Mon campus se situe porte de Clignancourt, dans le 18e arrondissement de Paris, à une heure trente de transport en commun depuis mon domicile. Soit trois heures de transport par jour. Pendant un an, chaque matin, j’ai pris un bus jusqu’à la gare de Juvisy, puis le RER C jusqu’à Saint-Michel, puis la ligne 4 du métro. Comme mes parents, je suis devenu “navetteur”.

J’avais la possibilité d’étudier plus près, à Paris-I, sur le site Pierre-Mendès-France, à quarante-cinq minutes de chez moi. Ou encore aux Grands Moulins de l’université Paris-VII, dans le 13arrondissement. Mais j’ai choisi Sorbonne Université pour sa renommée, sa bonne place dans les classements et l’accueil que j’ai pu avoir lors des portes ouvertes.

La question des transports est une problématique familiale. Mon père, qui est acheteur informatique, travaille à Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine, à une heure quinze de transport depuis notre domicile. Ma mère, infirmière, travaille au Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne. Elle conduit au minimum une heure trente par jour. J’ai rarement vu mon père rentrer avant 20 h 30. Les grèves, les perturbations sont des sujets de discussion récurrents chez nous.

« A cause des transports, j’ai refusé des soirées, et il était tentant de sécher les journées où je n’avais que deux heures de cours. Habiter en banlieue limite aussi les offres de job en fin de journée. »

La question d’avoir une chambre dans Paris ne s’est même pas posée. Je ne rentrais pas dans les critères pour accéder à une bourse ou à un logement du Crous, et mes parents ne pouvaient pas me financer un studio.

Ce temps de transport a affecté ma vie étudiante. J’ai refusé de me rendre à de nombreuses soirées parce que le dernier RER C passe à 23 heures à cause des travaux de maintenance. Il était tentant de sécher les journées où je n’avais que deux heures de cours et de les récupérer ensuite par des amis parisiens. Habiter en banlieue limite les offres de job en fin de journée, car les employeurs savent que les banlieusards ne souhaitent pas rentrer tard à cause des trajets de retour.

Grâce aux cours de géographie, j’ai compris que tout cela faisait partie des discriminations sociospatiales. L’étudiant qui habite à Paris peut se déplacer à vélo, en Noctilien toute la nuit. Nous, les navetteurs, on est toujours en train de calculer notre temps de trajet de retour grâce aux applications, aux alertes, etc. Beaucoup de Parisiennes et Parisiens ignorent totalement le fonctionnement du RER et ses contraintes.

Les incidents dans les transports peuvent nous faire rater le début de certains cours même si, étant inscrit en géographie, mes profs se montraient compréhensifs : les navetteurs constituent l’un des sujets largement abordés en géographie urbaine. Avec l’arrivée du Grand Paris Express, j’ai espoir que l’étudiant de demain pourra se déplacer plus facilement, surtout de banlieue à banlieue, mais aussi la nuit. Car, on ne va pas se mentir, un étudiant, ça fait souvent la fête, et quand il n’y a pas de service en dehors de ceux intra-muros les vendredis ou samedis soir, là encore il y a une discrimination.

Cet été, j’ai réussi à décrocher un CDD au service relation client grandes lignes de la SNCF, ce qui m’a permis de voir l’envers du décor des transports de masse. Et, depuis cette rentrée, j’ai eu l’opportunité de louer une chambre chez la mère d’un ami qui habite dans le 18e arrondissement et j’ai réussi à me faire embaucher comme bibliothécaire à l’université pour payer ce loyer. Je suis désormais à dix minutes en Vélib’de la fac. »

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